jeudi 16 avril 2020

Que deviennent les enfants survivants aux conflits armées dans la région des grands lacs en Afrique de l'est ? 


Depuis le génocide du Rwanda en 1994 la région des grands lacs a été plongée dans une série de conflits armés et de guerres civiles avec le ciblage des populations civiles. La circulation accrue des armes de petits calibres et le déplacement des affrontements vers les lieux de vie et de refuge des populations ont eu un impact dévastateur sur les enfants. Sont également apparues de nouvelles tendances inquiétantes, notamment les enlèvements de masse et la montée d’une extrême violence visant les enfants

Il a été prouvé que les enfants ayant subi des traumatismes liés à des scènes de violence auxquelles ils auraient participé ou auraient pu être témoins subissent des conséquences mentales énormes en commençant par un dérèglement dans le raisonnement jusqu’à une handicape dans l'accomplissement de diverses tâches cognitives.

Sur le plan comportemental ces violences peuvent les mettre dans un état d'hyper activité, d’hyper agressivité ou simplement dans un état d'hypo activité. Cet état aura comme conséquence que l’enfant sera trop renfermé sur lui même et chaque scène de violence le mettra dans un état indécent ou encore il peut être dans le deux états à la fois pour dire de l'hyperactif à l'hypo actif.

Grandis dans ces états, les enfants constituent une masse d’individus parfois homophobes, traumatisés, peureux. Bref, une forte handicape sociale. 
En Afrique de l’est, cela se voit au travers les analyses faites de ce que sont devenus la majorité des enfants qui ont survécus au génocide du Rwanda en 1994 réfugiés dans les pays limitrophes.
Aujourd’hui en République Démocratique du Congo, la plupart des milices dites « de protection des groupes éthiques » sont à majorité constitués des enfants actuellement adultes, jadis victimes des atrocités résultants des guerres interethniques. Des enfants devenus adultes qui tuent, pillent, violent et brulent tout sur leur passage.

Au Burundi, il a été constaté qu’une majorité des enfants des rues et des bandes dangereuses des voleurs sont constitués des enfants qui ont survécus au massacre de CIBITOKE.

Il arrive que certains enfants manifestent déjà une certaine bipolarité, c'est-à-dire de la manie à la dépression suite à la situation vécue.

Alors que la manie se manifeste par l'euphorie, hyperactivité, la substabilité de l'humeur, bref l'excès de joie, la dépression se manifeste par les céphalées, les vomissement, l'augmentation du rythme cardiaque, l'hypo activité, l'anxiété, l'angoisse, le désintérêt, le retrait social etc.
Ils sont au moins 420 millions d’enfants à vivre dans des zones touchées par des conflits armés dans la région des grands lacs. Du nourrisson à l’adolescent, ils n’ont jamais été aussi nombreux à y laisser toute ou partie de leur vie. Près de 125 millions d’entre eux sont directement impactés par la violence. Des chiffres qui donnent le vertige et qui sont pourtant « en deçà de la réalité, car il s’agit des cas dûment vérifiés »[1]. Parmi ces enfants, des morts, mais aussi des survivants, ceux qui ont perdu à tout jamais une partie de leur enfance. Plus de 30 000 cas de violations graves ont été faits aux enfants selon l'ONU. Les mutilés, les enfants soldats, les déplacés, les orphelins, etc. subissent les conséquences terrifiantes des conflits armés, ils restent traumatisés, physiquement et/ou psychologiquement à vie.  

La question subsiste :

Que deviennent les enfants survivants aux conflits armées dans la région des grands lacs en Afrique de l'est ?

                                                                                                            Magnifique BISIMWA
                                                                                                                        Avocat



[1] Marion Libertucci, Responsable de service Plaidoyer et Expertise à l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance).

Que deviennent les enfants survivants aux conflits armées dans la région des grands lacs en Afrique de l'est ?   Depuis le génoci...